L’histoire des hospices, c’est l’histoire de comment les sociétés ont appris à prendre soin des gens quand la médecine était déjà impuissante. Les hospices sont apparus bien avant les soins palliatifs modernes et sont devenus la réponse à un besoin humain fondamental : vivre dignement la dernière étape de la vie. À différentes époques et dans différents pays, ces établissements ont servi de refuges pour ceux qui étaient mourants, chroniquement malades, âgés et défavorisés.
À Montréal, les premiers établissements de ce type sont apparus dès le XVIIe siècle. On peut citer l’Hôtel-Dieu, fondé par Jeanne Mance en 1642, qui fut le premier hôpital à accueillir les malades et les pauvres, devenant ainsi le prototype des hospices ultérieurs. Mais les hospices se sont développés de manière plus massive au XIXe siècle. Ils étaient souvent gérés par des congrégations religieuses. Les plus connues d’entre elles étaient les « Sœurs grises », qui venaient en aide aux pauvres, aux malades et aux défavorisés. Pour en savoir plus sur l’apparition des hospices à Montréal et leur mission, rendez-vous sur imontreal.net.
L’idée d’un hospice : quand la médecine ne peut plus aider

Le concept d’hospice n’est pas né grâce aux progrès de la médecine, mais plutôt en raison de ses limites. Bien avant l’apparition des hôpitaux modernes, des antibiotiques et des unités de soins intensifs, diverses sociétés ont été confrontées à une vérité simple et désagréable : tout le monde ne peut pas être guéri.
Pendant des siècles, les personnes mourantes étaient souvent soignées à domicile, dans leur famille ou leur communauté religieuse, sans aide professionnelle. Cependant, avec l’expansion des villes et l’affaiblissement des liens sociaux, en particulier en Europe, le besoin d’établissements spécialisés pour prendre soin de ces personnes est devenu de plus en plus pressant.
C’est dans ce contexte que les hospices ont commencé à apparaître. D’ailleurs, le mot « hospice » vient du latin hospitium, qui signifie « refuge » ou « hospitalité ». Dans l’Europe médiévale, les hospices étaient souvent créés le long des chemins de pèlerinage, offrant un repos aux voyageurs, aux malades et aux pauvres.
Par la suite, certains de ces établissements sont devenus des lieux spécialement destinés à ceux qui approchaient de la fin de leur vie. Au début de l’ère moderne, en particulier dans les régions catholiques, les hospices sont devenus des lieux où la compassion, la dignité et l’accompagnement spirituel étaient plus importants, voire plus importants que les soins médicaux.
La philosophie moderne des soins palliatifs, telle qu’elle est comprise aujourd’hui, n’a été pleinement formulée qu’au XXe siècle. Mais ses fondements éthiques existaient déjà bien avant cela. Il ne s’agit pas simplement de la conviction que la mort n’est pas un échec médical, mais un processus humain qui mérite attention, présence et respect.
L’apparition des soins palliatifs à Montréal

Au XIXe siècle, cette philosophie a trouvé un terrain très favorable à Montréal. La ville s’est rapidement développée sous l’influence de l’industrialisation. De nombreux immigrants et migrants sont venus ici à la recherche d’une vie meilleure. Tous ces processus économiques ont été accompagnés de pauvreté et d’épidémies périodiques.
La mort était omniprésente, en particulier parmi les pauvres des villes. Beaucoup de gens mouraient loin de leur famille, dans des logements surpeuplés ou en marge de la société. Les systèmes de santé, comme on le sait, n’existaient pas encore. La responsabilité des malades et des mourants incombait principalement aux institutions religieuses.
C’est dans ce contexte que l’Hospice Saint-Joseph, fondé en 1861, est devenu l’un des premiers établissements à Montréal à l’époque à s’occuper ouvertement des personnes pauvres qui, pour une raison ou une autre, étaient à l’article de la mort. Contrairement aux hôpitaux généraux, qui se concentraient sur le traitement et la guérison, l’Hospice Saint-Joseph s’occupait de ceux pour qui la guérison n’était plus possible. La mission de cet établissement caritatif était claire : offrir confort, propreté, présence humaine et soutien spirituel aux personnes en fin de vie.
La création d’un hospice n’était pas motivée par des innovations médicales, mais par une nécessité sociale. La population croissante de Montréal comprenait de nombreuses personnes âgées, malades chroniques et défavorisées qui n’avaient nulle part où aller. Il était souvent impossible de mourir chez soi. L’hospice Saint-Joseph est devenu en fait le dernier refuge, un lieu calme, modeste et profondément humain.
Les « religieuses grises » et leur mission

Derrière l’Hospice Saint-Joseph se cachaient les Sœurs Grises de Montréal, connues en anglais sous le nom de « Grey Nuns ». Fondé au XVIIIe siècle par Marie-Marguerite d’Youville, l’ordre est né d’un scandale, de la pauvreté et d’une compassion radicale. À une époque où la charité était souvent sélective et moralisatrice, les « Sœurs grises » ont décidé de servir ceux que la plupart des autres ignoraient. Il s’agissait des pauvres, des malades, des orphelins, des personnes âgées et des mourants.
L’ordre est arrivé à Montréal au milieu du XVIIIe siècle et est rapidement devenu le pilier de l’infrastructure sociale de la ville. Il a pris en charge l’Hôpital général de Montréal, le transformant en un établissement multifonctionnel qui s’occupait des malades, des personnes atteintes de troubles mentaux, des personnes âgées et des personnes défavorisées. Dans de nombreux cas, les patients ne guérissaient pas. Ils y mouraient.
L’Hospice Saint-Joseph peut donc être considéré comme le prolongement naturel de ce travail. Au lieu de considérer la mort comme une conséquence secondaire de la maladie, les « sœurs grises » la reconnaissaient directement. Elles comprenaient que les personnes mourantes avaient besoin de soins particuliers, basés sur la patience, la routine, la tendresse et la présence. Cette approche a donné à l’ordre une longueur d’avance de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles, sur la médecine palliative officielle.
L’existence des hospices a eu une grande influence sur la géographie sociale et morale de Montréal. Ils fonctionnaient comme des institutions invisibles, rarement remarquées, mais extrêmement importantes. Les hospices assumaient le fardeau émotionnel et éthique de la mort dans une ville en pleine modernisation. Ils empêchaient les gens de mourir seuls dans la rue ou dans des refuges surpeuplés pour les pauvres. Les « sœurs grises » renforçaient l’idée collective de responsabilité, qui affirmait clairement que la ville, par le biais de ses institutions, avait le devoir de prendre soin de ceux qui ne pouvaient plus contribuer économiquement.
En ce sens, les hospices n’étaient pas seulement des institutions caritatives, mais aussi des déclarations morales. Ils reflétaient la conviction que la dignité humaine ne disparaît pas avec la capacité de travailler ou la santé. Au XIXe siècle, à Montréal, cette conviction n’était pas soutenue par les autorités publiques, mais par les communautés religieuses, qui remplissaient en fait les fonctions des services sociaux.
De la charité religieuse aux soins palliatifs modernes

Aujourd’hui, les soins palliatifs à Montréal ont complètement changé. Ils sont principalement laïques, professionnels et intégrés dans le système de santé général. Les médecins, les infirmières, les travailleurs sociaux et les bénévoles travaillent ensemble pour soulager la douleur, apporter un soutien psychologique et accompagner les patients et leurs familles dans les dernières étapes de la vie. L’aide spirituelle existe toujours, mais elle n’est plus exclusivement religieuse.
Cependant, leur héritage philosophique est indéniable. Les soins palliatifs modernes poursuivent le travail commencé dans des établissements tels que l’Hospice Saint-Joseph, où le confort primait sur le traitement, la présence sur l’intervention et la dignité sur l’efficacité. Bien que les « sœurs grises » ne dominent plus le système, leur héritage perdure dans les valeurs qui sous-tendent les soins aux malades incurables dans les grandes villes.
Les hospices modernes rappellent aux gens une leçon apprise depuis longtemps à Montréal : la manière dont la société traite ceux qui sont en fin de vie en dit beaucoup plus long sur son humanité que la manière dont elle célèbre ses succès.
Sources :