À la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle, la tuberculose, souvent appelée « phtisie », n’était pas seulement une maladie, mais un véritable fléau social. En Amérique du Nord et en Europe, elle faisait chaque année des milliers de victimes, sans distinction de statut social, d’âge ou de situation géographique. L’urbanisation, la surpopulation des logements, la mauvaise alimentation et les connaissances médicales limitées ont créé un terrain favorable à sa propagation.
Montréal, l’une des villes canadiennes qui connaissait alors la plus forte croissance, ne faisait pas exception. Dans les quartiers densément peuplés, les habitants voyaient leurs proches mourir lentement de la maladie, tandis que les médecins et les responsables de la santé publique cherchaient désespérément une solution. Découvrez comment une ville prospère a tenté de protéger ses citoyens contre un tueur implacable sur imontreal.net.
Naissance d’une vision

Avec l’augmentation du nombre de cas de tuberculose, il est devenu évident que les hôpitaux traditionnels, destinés au traitement des blessures graves et aux soins de courte durée, n’étaient pas suffisamment équipés pour assurer la quarantaine prolongée et les traitements spécialisés que cette maladie exigeait. Le besoin urgent d’établissements spécialisés combinant surveillance médicale, air frais, repos, alimentation et isolement est devenu évident. Il s’agissait non seulement d’un défi médical, mais aussi d’un défi moral.
Au final, la réponse à cette terrible maladie est venue grâce aux efforts conjoints de la communauté médicale et des philanthropes de Montréal. Inspirés par le mouvement des sanatoriums en Europe, où les traitements en plein air dans les régions montagneuses donnaient des résultats encourageants, les médecins de Montréal ont commencé à militer pour la création d’un institut spécialisé. Leur objectif était très ambitieux : traiter les patients atteints de tuberculose avec rigueur et compassion, tout en approfondissant la compréhension scientifique de cette maladie.
Au cœur de ces efforts se trouvait une coalition de cliniciens, de personnalités publiques et de philanthropes. Parmi eux se trouvaient des personnes qui voyaient au-delà des limites de la médecine conventionnelle et comprenaient que la lutte contre la tuberculose exigeait à la fois des innovations et une infrastructure spécifique. Bien que personne ne puisse revendiquer la paternité exclusive de cette idée, l’initiative reflétait une transformation plus large dans la façon de penser la santé : des maladies telles que la tuberculose exigeaient des mesures collectives et institutionnelles.
La vie entre les murs

Au cours de ses premières années d’existence, l’institut est rapidement devenu le centre d’attention dans le domaine de la santé publique de la ville. Il accueillait des patients issus de toutes les couches sociales, des ouvriers d’usine affaiblis par des années passées dans des zones industrielles surpeuplées aux enfants et aux personnes âgées dont les corps fragiles ne pouvaient résister aux bactéries impitoyables.
De même, il convient de noter que les schémas thérapeutiques étaient basés sur les meilleures avancées scientifiques de l’époque : repos, alimentation nutritive, séjour à l’air frais et emploi du temps structuré étaient prescrits. Pour de nombreux patients, l’hospitalisation à l’institut n’était pas seulement une intervention médicale, mais aussi un refuge humanitaire.
La vie quotidienne à l’institut reflétait sa double vocation. Les infirmières, les médecins et le personnel auxiliaire travaillaient ensemble pour surveiller les patients, documenter les progrès dans la lutte contre la maladie et améliorer les méthodes thérapeutiques. Les jardins et les vérandas sont devenus des lieux familiers où les patients se réunissaient pour profiter du soleil et discuter, malgré les mesures strictes visant à limiter la propagation de l’infection. C’était un monde marqué par la patience, mesurée non pas en heures, mais en semaines et en mois.
À cause de la guerre et des changements

Lorsque la Première Guerre mondiale éclata en 1914, l’Institut thoracique de Montréal fut naturellement confronté à de nouveaux défis. Les ressources étaient limitées et la communauté médicale de la ville dut trouver un équilibre entre l’aide apportée dans le contexte de la guerre et les besoins actuels en matière de santé publique. Cependant, l’institut a survécu et sa mission est restée inchangée. En effet, la tuberculose n’a pas disparu à cause du conflit mondial, et les chambres de l’institut sont donc restées pleines.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1942, l’Institut royal Edward fusionna avec le sanatorium Sainte-Agathe-de-Mont, fondé en 1911, pour former l’Hôpital royal Edward Laurent. Plus tard, jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, les découvertes médicales, notamment l’introduction d’antibiotiques tels que la streptomycine, ont commencé à changer les approches du traitement de la tuberculose.
La maladie, qui nécessitait auparavant une longue quarantaine et un traitement passif, est devenue de plus en plus facile à soigner grâce à des médicaments. La logique qui sous-tendait la création de l’institut — l’isolement et la thérapie environnementale — a cédé la place à de nouvelles possibilités cliniques.
Héritage et transformation

Avec la diminution de la menace que représentait la tuberculose, le rôle de l’Institut thoracique de Montréal a changé. Ses activités se sont élargies pour englober toute une série de maladies respiratoires, y compris des maladies chroniques telles que la fibrose kystique.
Au milieu du siècle, l’institut faisait partie intégrante du vaste réseau médical de Montréal, combinant recherche, enseignement et soins médicaux d’une manière que ses fondateurs n’auraient jamais pu imaginer. En 1971, il est devenu le Centre thoracique de Montréal, puis en 1994, il a fusionné avec l’Hôpital Royal Victoria pour former l’Institut thoracique de Montréal.
Aujourd’hui, ce qui a commencé comme une réponse audacieuse à une maladie dévastatrice témoigne de la puissance de l’action collective en cas de crise sanitaire. L’Institut de la poitrine de Montréal n’est peut-être plus uniquement dédié à la lutte contre la tuberculose, mais son héritage – innovation, compassion et dévouement envers la communauté – reste intact.
Dans l’histoire de la médecine, peu d’institutions illustrent aussi clairement le chemin qui mène du désespoir à l’espoir. L’histoire de l’institut nous rappelle que même les pages les plus sombres de l’histoire des maladies peuvent devenir le catalyseur d’exploits humains exceptionnels, à condition d’être prêt à affronter les défis à la fois grâce aux découvertes scientifiques dans le domaine de la médecine et avec le cœur.
Sources :
- https://www.archdaily.com/1028560/from-hospital-to-medical-research-hub-how-the-montreal-chest-institute-adapts-to-modern-needs
- https://meakinsmcgill.com/history-of-the-montreal-chest-institute/
- https://200.mcgill.ca/fr/faculties/faculte-de-medecine-et-des-sciences-de-la-sante/inauguration-electrisante-pour-linstitut-thoracique-de-montreal/
- https://hopitaldemontrealpourenfants.ca/historique/