14 février 2026

De la maison à la maternité : l’histoire de l’accouchement à Montréal

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Bien avant que l’obstétrique ne devienne une spécialité médicale et que les accouchements ne soient transférés dans les salles d’hôpital, la naissance d’un enfant dans les territoires qui constituent aujourd’hui Montréal était un événement intime, familial et profondément social. En effet, pendant des siècles, les accouchements se déroulaient exclusivement à domicile. Leur déroulement était influencé par les connaissances des peuples autochtones, les traditions européennes et les réalités pratiques de la vie coloniale.

Cependant, dès le XIXᵉ siècle, l’obstétrique à Montréal a évolué, passant d’une pratique traditionnelle dominée par les sages-femmes à une présence progressive de représentants médicaux. Par exemple, l’hôpital Hôtel-Dieu de Montréal se distinguait par le fait qu’il a commencé à utiliser l’asepsie et les interventions chirurgicales vers 1882, alors que les accouchements continuaient à se faire à domicile. Cependant, les médecins ont progressivement gagné l’autorité auprès des femmes enceintes. Pour en savoir plus sur le développement de l’obstétrique dans la métropole et sur les premières maternités, cliquez sur le lien suivant : imontreal.net.

Pratiques des peuples autochtones

Avant l’arrivée des colons européens, l’île de Montréal était peuplée par des peuples autochtones, notamment la tribu des Kanienkéhaka. Chez les autochtones, les accouchements étaient accompagnés par des femmes expérimentées, des sages-femmes dont les connaissances étaient transmises oralement de génération en génération. Les accouchements avaient lieu dans un environnement familier, avec le soutien des proches, et étaient liés à des croyances spirituelles qui mettaient l’accent sur l’équilibre entre le corps, la terre et la communauté.

Il est naturel qu’avec l’arrivée des colons français au XVIIᵉ siècle, les pratiques d’accouchement aient commencé à se mélanger. Les femmes européennes ont apporté avec elles la tradition de la sage-femme, qui aidait lors des accouchements à domicile, en utilisant des connaissances empiriques plutôt qu’une formation médicale formelle. À cette époque, les médecins hommes étaient rarement présents lors des accouchements ; ceux-ci étaient considérés comme une affaire de femmes, qui se déroulaient à domicile, souvent avec l’aide de voisins et de parents.

Au fur et à mesure que Montréal grandissait à la fin du XVIIIᵉ siècle et au début du XIXᵉ siècle, les inégalités sociales devenaient de plus en plus visibles — et de plus en plus dangereuses pour les femmes enceintes. Les femmes pauvres, célibataires ou immigrées étaient confrontées à des risques particuliers et assez importants. Les complications pendant l’accouchement pouvaient facilement être fatales, et les endroits où l’on pouvait demander de l’aide étaient très rares.

Les hôpitaux existaient, mais ils n’étaient pas destinés à l’accouchement. Ils traitaient principalement les maladies aiguës et les blessures. Ce décalage entre les besoins et les soins prodigués a jeté les bases d’un changement institutionnel.

La première maternité

En 1843, un événement discret mais révolutionnaire s’est produit à Montréal : l’ouverture de l’hôpital universitaire de maternité, plus tard connu sous le nom de Montreal Maternity Hospital. Il s’agissait du premier établissement de la ville spécialement conçu pour les accouchements. L’hôpital a introduit une nouvelle idée : les accouchements peuvent — et doivent peut-être même — être contrôlés, surveillés et gérés dans un établissement médical.

Initialement connue sous le nom d’hôpital universitaire, cette institution était étroitement liée à l’enseignement médical. Elle remplissait deux fonctions à la fois : elle fournissait des soins obstétricaux aux femmes qui n’avaient pas les moyens de se payer des médecins privés et offrait aux étudiants en médecine un lieu d’apprentissage par l’observation directe. Les patientes étaient principalement des femmes pauvres, immigrées ou célibataires, pour qui l’accouchement à domicile était soit dangereux, soit socialement inacceptable.

L’institut d’obstétrique du Montreal Maternity Hospital s’est donc développé sous l’influence de ce double rôle. L’accouchement a cessé d’être un événement personnel pour devenir un cas clinique. La durée de l’accouchement était mesurée, les résultats étaient consignés et les complications étaient étudiées. Par la suite, des pratiques telles que l’utilisation de forceps, l’anesthésie et les méthodes antiseptiques ont complètement transformé l’expérience de l’accouchement, réduisant la mortalité, mais aussi redéfinissant le rôle des femmes dans ce processus.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, l’hôpital était le centre de la modernisation de l’obstétrique à Montréal. Son intégration définitive dans des complexes hospitaliers plus importants symbolisait le triomphe de l’accouchement médicalisé. Cependant, son héritage est encore plus complexe : il a marqué à la fois un bond en avant en matière de sécurité et le début du transfert de l’accouchement de la sphère domestique vers celle du contrôle professionnel.

Par exemple, on sait qu’aux alentours de 1882, la césarienne, qui était longtemps mortelle, commence à être pratiquée avec un peu plus de succès. Des cas d’ovariectomie et d’hystérectomie, tant par voie abdominale que vaginale, sont documentés. De manière générale, cette période est caractérisée par l’émergence d’une communauté médicale structurée, notamment entre 1850 et 1890, qui transforme l’approche de la maternité.

Dans le même temps, les femmes issues des classes moyennes et supérieures continuaient à accoucher à domicile, avec l’aide de médecins privés ou de sages-femmes. À cette époque, accoucher à l’hôpital n’était donc pas un privilège, mais souvent le dernier recours.

Entre 1900 et 1950, les accouchements dans les hôpitaux de Montréal sont passés d’une exception à la norme. Les progrès réalisés dans les domaines de l’anesthésie, de l’antisepsie et, plus tard, des antibiotiques ont rendu les accouchements dans les établissements médicaux plus sûrs. Les perceptions sociales ont également changé : les hôpitaux sont devenus un symbole de modernité, de science et de sécurité.

L’hôpital maternel de Montréal, finalement, ba été intégré dans des complexes médicaux plus importants, et les accouchements sont devenus une partie intégrante du système hospitalier . Ce qui se passait autrefois autour du feu de cheminée se déroulait désormais sous la lumière des lampes fluorescentes.

Formation des sages-femmes

Parallèlement à l’apparition des maternités, l’obstétrique a commencé à se professionnaliser. Dès le début des années 1820, l’université McGill a commencé à enseigner la matière « Obstétrique et maladies féminines ». Pour la première fois à Montréal, les accouchements ont été systématiquement enseignés, observés et enregistrés.

Les étudiants en médecine suivaient une formation dans une maternité, où ils étudiaient l’anatomie, les méthodes d’intervention et, plus tard, les pratiques antiseptiques. Cette formation a progressivement remplacé les sages-femmes traditionnelles.

Au début du XXᵉ siècle, l’obstétrique et la gynécologie ont été officiellement réunies en une seule discipline, ce qui a renforcé l’idée que l’accouchement n’est pas seulement un processus naturel, mais aussi un processus potentiellement pathologique qui doit être régulé, contrôlé et optimisé.

Accouchement moderne à Montréal

Aujourd’hui, les accouchements à Montréal reflètent à la fois la perfection technologique et le retour d’un respect accru pour le choix. La plupart des accouchements ont lieu dans des hôpitaux appartenant à de grands réseaux de santé qui offrent des services de pointe en matière de soins aux femmes enceintes et aux nouveau-nés. Dans le même temps, l’obstétrique connaît un renouveau, soutenu par le système de santé public et des normes professionnelles réglementées.

Les maternités et les accouchements à domicile, avec l’aide de sages-femmes agréées, coexistent avec les soins obstétricaux de haute technologie. Aujourd’hui, les questions principales sont le contrôle de la douleur, l’autonomie des patientes et la sensibilité culturelle. À bien des égards, le Montréal moderne a fait un tour complet : il a combiné la science avec la compréhension que l’accouchement n’est pas seulement un événement médical, mais aussi un événement humain.

L’histoire de l’accouchement à Montréal est une histoire sociale, et pas seulement celle des progrès techniques dans le domaine de la médecine et du développement des sciences médicales ; elle concerne les corps des femmes, les divisions de classe, la migration et l’évolution des perceptions des risques et des soins. Des sages-femmes autochtones aux hôpitaux universitaires, chaque époque a laissé sa marque sur la façon dont la vie commence dans la métropole.

Sources :

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