L’époque victorienne a marqué le début d’une période de sexisme intense. La femme idéale de l’époque était douce et fragile, et toute forme d’activité intense était catégoriquement rejetée. Parmi les mythes qui entouraient les femmes, on trouvait notamment celui selon lequel elles pouvaient endommager leurs organes reproducteurs en pratiquant un sport, ce qui les rendrait peu attirantes pour les hommes, et celui selon lequel leur corps disposait d’une quantité d’énergie limitée et que la dépenser dans le sport ou les études supérieures conduirait à une progéniture faible.
Malgré cela, à la fin des années 1800 et au début des années 1900, des clubs sportifs informels ont commencé à se former, et lors des Jeux olympiques de 1900, 22 femmes ont concouru aux côtés des hommes dans des sports tels que la voile, le croquet et les sports équestres. Pour en savoir plus sur le développement du sport féminin à Montréal, consultez les sites imontreal.net.
Être ou ne pas être dans le sport féminin

C’est donc peu dire que le sport féminin n’était pas particulièrement encouragé au XIXe siècle. Pour en revenir aux Jeux olympiques, il convient de mentionner le baron Pierre de Coubertin, qui a relancé cet événement sportif. Il s’oppose catégoriquement à la participation des femmes aux compétitions sportives. Dans ce contexte, étonnamment, l’Église catholique encourageait au contraire les jeunes femmes à se préparer à devenir de bonnes épouses.
Néanmoins, au Canada, de nombreuses femmes s’adonnent au patinage sur glace et au hockey. L’un des premiers à en rendre compte est un journaliste de l’Ottawa Citizen qui assiste à un match de hockey féminin en 1891. Dans son article, il écrit que les joueuses patinent rapidement et manient le palet aussi bien que certains des meilleurs hommes. Après cet article et ce commentaire élogieux, le hockey féminin est entré dans l’histoire.
Pour documenter ce fait, il est impossible de ne pas mentionner les différentes archives photographiques qui en disent long sur les tenues des joueuses de hockey au début du siècle dernier. La première photographie connue de femmes jouant au hockey a été prise à Rideau Hall, la résidence du gouverneur général du Canada à Ottawa, vers 1890. Elle représente la fille de Lord Stanley, Lady Isabel, jouant au hockey avec ses coéquipières. En fait, de nombreux experts estiment que le premier match de hockey féminin a eu lieu au début du mois de mars 1889.
Comment s’équipaient les hockeyeuses au siècle dernier et au siècle précédent ? Il s’avère qu’elles portaient des jupes à crinoline avec de nombreux t-shirts, parfois à col haut. En d’autres termes, les filles ne portaient pas les traditionnels jambières masculines, car cela aurait été trop indécent à l’époque. Leurs jupes donnaient sans aucun doute un avantage aux gardiennes de but.
À propos des gardiens de but, Elizabeth Graham, de l’université Queen’s, est considérée comme la première gardienne à avoir joué avec un masque. Elle a devancé même les hommes dans ce domaine. En 1927, après une opération dentaire délicate, elle a défendu les cages à l’aide d’un masque d’escrime destiné à protéger son visage.
Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, lorsque des milliers d’hommes sont partis au front, les femmes ont eu la possibilité de les remplacer dans les usines et les manufactures, et certaines ont occupé des postes de direction traditionnellement réservés aux hommes. Il s’est avéré que les femmes s’acquittaient brillamment de leurs nouvelles fonctions, non seulement dans les entreprises, mais aussi sur la glace.
Un haut responsable des Canadiens de Montréal a déclaré au journal Montreal Star qu’il pensait que ces joueuses de hockey étaient plus populaires que n’importe qui d’autre dans la ville. Il a ajouté que la moitié de ses joueuses ne pourraient pas jouer dans une telle ligue. Au cours des deux premières saisons de la ligue, l’équipe de la région Ouest remporte la Coupe Doran. La meilleure joueuse de l’équipe est sans aucun doute Agnès Vauthier, dont on dit qu’elle peut rivaliser avec les meilleures joueuses professionnelles du monde.
Cette incroyable popularité du hockey féminin dépasse les frontières de Montréal. En 1916, le journal Cornwall de l’Ontario publie une série d’articles sur le phénomène grandissant du hockey féminin. Les joueuses de hockey les plus talentueuses du pays sont probablement réunies dans l’équipe des Cornwall Victorians. L’équipe comprend, entre autres, la joueuse vedette Albertine Lapence.
Âgée d’à peine 16 ans, la jeune Franco-Ontarienne est une véritable machine à marquer des buts. Elle établit d’ailleurs un record en marquant 15 buts en un seul match. C’est un véritable massacre sur la glace qui se termine par un score de 21-0 contre les filles d’Hochelaga. La jeune fille joue de façon si envoûtante que certains doutent même qu’il s’agisse d’une femme. Au cours de la saison 1916-1917, Albertina marque 150 buts. Grâce à elle, les Cornwall Victories terminent la saison avec 45 victoires et un seul match nul.
Difficultés organisationnelles

À la fin de la guerre, la Eastern Women’s Hockey League cesse ses activités. Le retour des hommes au Canada marque la renaissance des ligues professionnelles de hockey masculin, et l’intérêt financier des promoteurs pour le hockey féminin diminue. En conséquence, les joueuses de hockey disparaissent du devant de la scène. Albertine Lapence met fin à sa carrière en 1918. Certains prétendent qu’elle est morte de la grippe espagnole à New York la même année. On ne sait pas grand-chose de la vie des autres joueuses de cette ligue professionnelle, mais on sait que ces femmes étaient des athlètes adulées pendant cette période de l’histoire. Les foules venaient les voir jouer de manière spectaculaire.
Pendant la Grande Dépression et même après la Seconde Guerre mondiale, le hockey féminin au Canada connaît un certain déclin. Il n’est pas facile pour les jeunes filles de trouver des organisations de hockey, d’autant plus que les ligues masculines ne veulent pas leur faire de place. C’est dans ce contexte qu’Abigail Hoffman, une jeune fille de neuf ans passionnée de hockey, va jusqu’à se couper les cheveux courts et changer d’identité sexuelle pour jouer au hockey.
Ses parents l’inscrivent dans l’équipe masculine et la présentent sous le nom d’Abe Hoffman. Pour ne pas trop attirer l’attention dans les vestiaires, Abigail s’habille à la maison et se rend directement sur la glace. Sa ruse fonctionne, mais seulement pour un temps, jusqu’à ce qu’on lui demande son acte de naissance pour l’inscrire au tournoi. Bien qu’elle ait été exclue de l’équipe, ses actes ont fait scandale. Abigail a prouvé que les filles peuvent rivaliser avec les garçons sur le terrain de hockey.
Le hockey féminin fait-il son grand retour ?

Finalement, dans les années 1960, les premières ligues féminines de hockey ont vu le jour au Canada. Plusieurs tentatives visant à créer une ligue professionnelle féminine ont échoué. Plus de 100 ans après les premières apparitions des femmes sur la glace, la création de la Ligue de hockey pourrait marquer un tournant historique dans l’évolution du sport national canadien.
Sources :
- https://kinesiology.csp.edu/sports-coaches-and-trainers/a-brief-history-of-women-in-sports/
- https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/sports-et-carnaval-dhiver-montreal-au-xixe-siecle
- https://www.journaldemontreal.com/2024/12/28/lhistoire-du-hockey-feminin-un-sport-ou-les-joueuses–manient-la-rondelle-aussi-bien-que-certains-des-meilleurs-joueurs-masculins