En 2011, lors d’une partie de chasse, Maurice Desjardins est victime d’un terrible accident. Son visage est défiguré, il perd la moitié de son visage, son nez, sa mâchoire et ses dents. De plus, il souffre de douleurs chroniques et a du mal à respirer. Il subit cinq opérations de reconstruction, en vain : sa qualité de vie ne s’améliore pas.
Pour parler, Maurice Desjardins devait appuyer sur un bouton noir situé sur sa gorge, qui déviait le flux d’air autour de sa trachéotomie. Toutefois, il lui était difficile de prononcer clairement les mots, n’ayant plus de lèvres. Les repas étaient source d’angoisse en raison du risque d’étouffement. Le bruit de sa trachéotomie l’obligeait à dormir seul. Il ne sortait que très rarement. Pour en savoir plus, visitez imontreal.
La préparation à l’opération
Sa rencontre avec le chirurgien plasticien Daniel Borsuk redonne espoir à Maurice Desjardins. L’homme formule quelques requêtes : pouvoir parler, respirer normalement, retrouver un nez, une mâchoire, des dents et des lèvres. Il veut pouvoir se promener avec sa petite-fille, sans avoir à supporter le regard des gens.
Malgré les risques de mourir sur la table d’opération ou juste après, Maurice Desjardins est déterminé. Peu importe à quoi il ressemblera, pourvu qu’il ait l’air d’une personne normale.
Pour cette opération, la santé de Maurice Desjardins doit être parfaite. Il arrête donc immédiatement de fumer et de boire. Au début de l’année 2017, il passe un examen approfondi pour détecter tout ce qui pourrait représenter un obstacle : infections cachées, cancer ou risque de crise cardiaque. Les examens révèlent qu’il est prêt physiquement et mentalement. Il ne reste plus qu’à trouver un donneur. Toutefois, le risque que le corps de Maurice rejette le nouveau tissu est bien réel. Avant l’opération, l’homme consulte également un psychiatre, qui surveille son état mental tout au long de la période de préparation.

Daniel Borsuk et son équipe se préparent également minutieusement, car il s’agit d’une intervention chirurgicale rare. Depuis 2005, seulement 40 de ces opérations ont été réalisées dans le monde, et aucune au Canada. Au cours de l’été 2017, les chirurgiens, anesthésistes et infirmiers s’entraînent pendant plusieurs jours sur deux cadavres, dans le sous-sol de l’hôpital de Montréal. Ils répètent et améliorent leur technique, mémorisant chaque étape, de la première incision au dernier point de suture.
La recherche d’un donneur

Personne ne sait combien de temps il faudra pour trouver un donneur compatible. L’attente peut durer des semaines, voire des années. Il est nécessaire de trouver un donneur du même âge, avec la même couleur de cheveux et de peau. Il faut également résoudre les questions éthiques liées au consentement de la famille du donneur, car l’opération implique de prélever tout le visage d’une personne.
Maurice Desjardins reçoit l’appel tant attendu au printemps 2018. Son épouse, Gaétane, l’accompagne à l’hôpital pour le soutenir dans ce moment décisif.
Une opération réussie

L’opération dure près de 30 heures et mobilise 9 chirurgiens, ainsi qu’une équipe d’autres médecins, professeurs et personnels de santé. Dans la salle d’opération, les étapes de l’intervention sont affichées sur le mur. L’équipe doit retirer la mâchoire, les dents, le nez et les cartilages du donneur, d’un seul bloc. L’erreur n’est pas permise. Au moment crucial, les chirurgiens doivent reconnecter toutes les veines et artères, car sans un apport sanguin adéquat, la greffe ne survivrait pas. Après le raccordement des vaisseaux, la peau du nouveau visage de Maurice Desjardins se couvre de rougeurs, et ses lèvres bleues redeviennent rouges.
Grâce à cette opération, Maurice Desjardins peut respirer sans trachéotomie, mâcher avec sa nouvelle mâchoire, sentir les odeurs et parler normalement.