14 février 2026

Montréal et la grippe espagnole : une ville mise à l’épreuve par un virus impitoyable

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À la fin de la Première Guerre mondiale, la ville de Montréal se trouvait à la croisée des chemins entre le triomphe et l’épuisement. En 1918, cette métropole canadienne joyeuse et colorée comptait près d’un demi-million d’habitants : des soldats revenus des champs de bataille européens, de nombreuses vagues d’immigrants à la recherche de nouvelles opportunités et des communautés ouvrières soudées qui luttaient contre les difficultés économiques.

La guerre a épuisé les ressources, mis à mal les services sociaux et plongé la ville dans un état d’inquiétude permanent. Mais ce n’était que le début. Qui aurait pu imaginer qu’après la signature de l’armistice en novembre 1918, la métropole serait frappée par un ennemi encore plus redoutable, bien qu’invisible : la grippe espagnole. Pour savoir comment la ville a survécu à l’épidémie de « grippe espagnole », comment elle a lutté contre ce terrible fléau et comment elle l’a vaincu, rendez-vous sur imontreal.net. 

Qu’est-ce que l’« espagnole » ?

La grippe espagnole, officiellement connue sous le nom de pandémie de grippe de 1918-1919, a été l’une des épidémies les plus meurtrières de l’histoire moderne. Contrairement à la grippe saisonnière typique, elle s’est rapidement propagée dans le monde entier, infectant, selon les estimations, au moins un tiers de la population mondiale et causant des dizaines de millions de décès.

Malgré son nom, le virus ne provenait pas d’Espagne. Le terme « grippe espagnole » est apparu parce que l’Espagne, qui était neutre pendant la Première Guerre mondiale, rendait librement compte des cas de maladie dans la presse, alors que la censure dans d’autres pays dissimulait la gravité de l’épidémie.

La pandémie s’est propagée en plusieurs vagues, touchant souvent des jeunes en bonne santé, ce qui était inhabituel pour la grippe. La surpopulation des villes, les déplacements de troupes pendant la Première Guerre mondiale et les connaissances médicales limitées ont aggravé son impact. Les hôpitaux étaient bondés et des communautés entières ont été désorganisées. La grippe espagnole a laissé derrière elle des conséquences dévastatrices et effrayantes, mettant en évidence les faiblesses des systèmes de santé de nombreux pays, notamment celui du Canada.

La maladie a donné lieu à de nouvelles approches en matière de prévention des maladies, de surveillance épidémiologique et de soins communautaires. Ces enseignements restent d’actualité aujourd’hui. Cela s’est confirmé de manière très frappante lors de la pandémie de COVID-19, qui a littéralement touché le monde entier.

Il convient ici de noter que la situation à Montréal avant la pandémie avait créé les conditions idéales pour une catastrophe. L’économie militaire avait entraîné une surpopulation des logements, en particulier dans les zones industrielles où les usines fonctionnaient 24 heures sur 24 pour répondre aux besoins de la guerre. Les infrastructures de santé étaient surchargées, car de nombreux médecins et infirmières travaillaient à l’étranger.

Les nœuds de transport, tels que les ports et les gares ferroviaires, restaient très fréquentés, car le transport des troupes et le commerce se poursuivaient. La pauvreté, les mauvaises conditions sanitaires et la densité de population dans les zones urbaines augmentaient le risque de contagion. Dans ce climat instable, la souche virale de la grippe n’est pas simplement apparue, elle s’est propagée.

L’apparition de la grippe espagnole à Montréal

Les premiers cas d’une maladie inhabituelle ont été signalés à la fin de l’été 1918, lorsque des soldats revenant de la guerre ont présenté une forte fièvre, une grande fatigue et des quintes de toux, symptômes qui n’avaient jamais été observés auparavant. Au départ, les autorités et le grand public ont sous-estimé la gravité de la situation, pensant qu’il s’agissait d’une grippe saisonnière ordinaire.

Mais en septembre, les hôpitaux des quartiers ouvriers, tels que Hoshelaga et Pointe-Saint-Charles, étaient bondés. Des familles entières étaient clouées au lit, et des salles improvisées ont été installées dans les écoles, les églises et les salles communautaires.

Contrairement aux épidémies de grippe habituelles, qui touchent de manière disproportionnée les enfants et les personnes âgées, cette souche a principalement affecté des hommes et des femmes jeunes et en bonne santé, dans la force de l’âge, en particulier des soldats et des ouvriers d’usine.

Les enfants étaient également vulnérables et mouraient souvent après une détérioration rapide de leur état. Le virus ne faisait pas de distinction entre les classes sociales. Mais ses conséquences, oui. Dans les quartiers plus aisés, tels que Westmount, les familles ayant accès à des médecins privés se sentaient un peu mieux. En revanche, son impact était beaucoup plus sévère là où les déterminants sociaux de la santé étaient les plus faibles. Autrement dit, dans les quartiers les plus pauvres, la mortalité a fortement augmenté.

Au plus fort de la crise, la communauté médicale de Montréal a relevé le défi avec courage et compassion. Les médecins, dont beaucoup venaient de rentrer de la guerre, ont travaillé sans relâche pour soigner les malades. Les infirmières et les religieuses, en particulier les sœurs de la congrégation des Sœurs Grises, très influentes dans la ville, sont devenues les premières lignes dans la lutte contre la maladie.

Ils faisaient sans relâche la navette entre les maisons surpeuplées et les hôpitaux, souvent sans équipement de protection adéquat. Beaucoup d’entre eux sont tombés malades, et certains ont même perdu la vie. Leur dévouement désintéressé est devenu l’un des éléments marquants de la pandémie, témoignant de la résilience humaine face au danger et aux épreuves extrêmes.

La lutte pour la vie des Montréalais

Les autorités municipales se sont empressées de prendre des mesures pour freiner la propagation du virus. Un décret a été publié pour fermer les écoles, les théâtres, les salles de danse et autres lieux de rassemblement. Les tramways ont été désinfectés et les rassemblements publics ont été strictement interdits. Les professionnels de santé ont obligé les malades à s’isoler et tous les autres à porter des masques dans les lieux publics.

Malheureusement, ces mesures ont été appliquées de manière inégale et leur respect a considérablement varié. De nombreux habitants, lassés par les restrictions liées à la guerre et sceptiques à l’égard des directives gouvernementales, ont résisté à la fermeture des établissements et au port du masque. Dans certaines paroisses, les services religieux se sont poursuivis et les usines ont continué à fonctionner. Ce décalage entre les déclarations et la pratique n’a fait que favoriser la propagation du virus parmi la population.

Au cours de l’automne et au début de l’hiver 1918-1919, le nombre de victimes à Montréal a considérablement augmenté. Des milliers de personnes sont mortes en quelques semaines. Les registres de mortalité pour cette période indiquent que la ville a perdu plusieurs milliers d’habitants, un chiffre impressionnant pour une ville de cette taille. Dans le même temps, de nombreuses personnes sont restées affaiblies pendant des semaines, voire des mois. L’épidémie n’a pas disparu aussi rapidement qu’elle était apparue. Elle a continué par vagues tout au long de l’année 1919, jusqu’en 1920, reprenant chaque fois que les restrictions étaient assouplies.

Cependant, les pertes humaines ne représentaient qu’une partie de l’histoire. Les entreprises ont connu d’importantes difficultés. Elles ont été confrontées à une pénurie de main-d’œuvre, car les employés restaient chez eux pour cause de maladie ou décédaient. Les écoles restaient fermées. Les communautés étaient en deuil. Les funérailles devenaient un triste rappel de l’ampleur des pertes.

Les conséquences de la pandémie

Cependant, la pandémie a également incité à la réflexion et au changement. Le système de santé de Montréal, auparavant sous-financé et fragmenté, a fait l’objet de réformes progressives. Les autorités ont reconnu la nécessité de renforcer la surveillance épidémiologique, d’améliorer la coordination entre les autorités sanitaires municipales et provinciales, et d’investir dans l’augmentation des capacités hospitalières.

Au début des années 1920, la grippe espagnole s’est retirée, laissant derrière elle une ville profondément transformée. Montréal pleurait ses fils et ses filles disparus, mais elle avait également acquis une meilleure compréhension du rôle de la santé publique dans la vie sociale. La tragédie a donné naissance à une nouvelle aspiration au bien-être collectif, un héritage qui trouvera un écho lors des crises de santé publique suivantes.

Sources :

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