9 février 2026

Les tendances dans le développement des théâtres montréalais pendant la Seconde Guerre mondiale

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Avant la Seconde Guerre mondiale, l’activité théâtrale au Québec était particulièrement riche pour le public anglophone. En effet, les spectateurs anglophones plus aisés avaient la possibilité de profiter de nombreuses salles et tournées de troupes britanniques ou américaines. Ces représentations étaient fréquentées par un petit nombre de locuteurs bilingues fortunés parlant français. Pour en savoir plus sur l’évolution de la situation pendant et après la Seconde Guerre mondiale, rendez-vous sur imontreal.net.

La situation avant la guerre

Pour être juste, cette situation a commencé à changer avant même le début de la Seconde Guerre mondiale. Déjà au XIXe siècle, des troupes françaises se produisaient dans la métropole, même si ce n’était pas aussi souvent qu’on l’aurait souhaité. Ces troupes présentaient des pièces de Seden, Molière, Moncignac et Carmontelle. Ainsi, le théâtre francophone a progressivement pris de l’ampleur.

De nombreux acteurs français ont prolongé leur séjour au Canada où y sont revenus, comme Sarah Bernhardt, malgré tous les obstacles. Ce sont ces artistes qui ont fait découvrir le théâtre français au public québécois. Ils ont contribué à la création de nombreuses troupes canadiennes. Ce processus n’a toutefois pas été très rapide. Entre-temps, ces troupes ont remplacé celles qui avaient été formées, par exemple, dans les collèges classiques. Ici, d’ailleurs, on encourageait les hommes à se déguiser en femmes, ce qui était nécessaire pour pouvoir jouer les rôles.

En revanche, la Seconde Guerre mondiale a encore renforcé les liens entre le Québec et la France. Après la guerre, de grandes stars françaises telles qu’Édith Piaf, Maurice Chevalier, Charles Trenet, Yves Montand et Léo Renault ont accepté de se produire à Montréal. Certains Français ont même décidé de s’installer définitivement au Québec, notamment Hilda, Jean Rafa et Paul Busson. D’autres ont connu leurs premiers succès à Montréal, comme l’incomparable Charles Aznavour.

De plus, après la guerre, le niveau de vie des Franco-Canadiens s’est amélioré, et de plus en plus de gens ont eu la possibilité de profiter des attraits de la vie nocturne de Montréal. Beaucoup d’entre eux ont développé, voire acquis, un goût pour les divertissements francophones qui leur étaient déjà proposés au théâtre ou à la radio, où commençaient à apparaître des stars locales, telles que les acteurs Juliette Beliveau et Gratien Jelinus, qui lisaient des pièces radiophoniques. Ce dernier, d’ailleurs, a triomphé sur scène avec ses « Fridolinades » dès 1938. Les animateurs de télévision Roger Boliu et Jacques Norman se sont joints à cette compagnie francophone.

Le théâtre pendant et après la guerre

Quoi qu’il en soit, le conflit armé en Europe entre 1939 et 1945 et les changements d’après-guerre ont marqué le retour de la prospérité économique. De plus, sur le continent nord-américain, elle allait durer trois longues décennies. Ces conditions ont permis au théâtre français du Canada de connaître une nouvelle période de prospérité. 

Au niveau dramaturgique, il s’agit avant tout de diversifier et d’enrichir le répertoire. Le théâtre s’ouvrait radicalement à la contemporanéité. En conséquence, le retard qui était perceptible non seulement à Montréal, mais dans tout le Canada, a finalement été comblé pour de bon.

Les monologues et sketches à l’américaine écrit pendant la Seconde Guerre mondiale par Gratien Jelinous démontraient clairement, voire soulignaient, le goût du public pour le vaudeville, les divertissements populaires et le burlesque. Mais entre-temps, ses collègues restaient attachés au théâtre classique. Peut-être en réaction à cela, en 1948, dans la pièce Ti-Coq, Gratien Jelinus réussit à combiner les formes populaires et savantes, en présentant un héros issu du prolétariat urbain, tout en conservant l’idéologie conservatrice véhiculée par la littérature régionale.

À cette époque, c’est le théâtre amateur qui s’ouvre au grand public, devenant un lieu d’apprentissage et d’expérimentation, remplissant cette fonction pour les dramaturges, les acteurs et les metteurs en scène. Un exemple frappant est celui du théâtre Monument national, qui, jusqu’à la fin des années 1940, était l’une des principales scènes de Montréal et le centre le plus important de la création théâtrale de la ville.

Mais après la Seconde Guerre mondiale, le Monument national a connu une longue période de déclin. Bien sûr, l’une des raisons était que le boulevard Saint-Laurent, ou « le Grand », comme on l’appelait aussi, avait mauvaise réputation. La prostitution, les maisons de jeux et toutes sortes d’activités illégales ont effrayé les habitués du théâtre, qui ont commencé à préférer les théâtres plus grands, plus sûrs, plus confortables et plus modernes de la rue Sainte-Catherine.

La mauvaise réputation du quartier n’était pas la seule raison. Une autre raison était que la guerre avait porté un coup presque fatal au théâtre juif, qui avait disparu en Europe et aux États-Unis. Les productions à grande échelle en yiddish se faisaient de plus en plus rares au Québec et à Montréal, comme ailleurs, et ne survivaient que grâce aux efforts de troupes amateurs aux ressources limitées.

Quoi qu’il en soit, après la Seconde Guerre mondiale, le théâtre a occupé une place importante dans l’histoire culturelle de Montréal, grâce à la création de plusieurs institutions clés et à la présentation de nombreuses pièces qui ont réussi à combiner différentes traditions et même à innover. Au cours des années 1950-1970, le théâtre a été l’un des événements culturels les plus importants.

Les francophones de Montréal, qui ne sont pas français

De plus, à cette époque, de nombreux écrivains québécois reconnus s’intéressaient au théâtre, mais leurs œuvres souffraient généralement d’un style trop littéraire, si bien que la plupart d’entre elles n’étaient pas mises en scène, même si certaines étaient diffusées à la radio, qui convenait mieux à ce style littéraire.

Une autre tendance à commencer à se manifester pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Elle visait à formuler l’idée d’un théâtre national dans le sens d’une affirmation de la « canadianité » des Canadiens français, distincte non seulement des Montréalais anglophones, mais aussi des Français d’Europe. Cette tendance n’était pas non plus nouvelle à Montréal.

Son fondement théorique était le résultat de l’expérience théâtrale des troupes itinérantes des années 1930 et du théâtre populaire. La création d’un héros type revient au célèbre Gratien Jelinus, qui avait une grande expérience en tant qu’acteur de cabaret avant de créer son personnage de Fridolin. Le personnage a d’abord pris vie dans des sketchs radiophoniques, puis sur scène, précisément au Monument national. Le personnage comique de Fridolin est devenu le prototype de Tit-Coc, tout aussi comique, mais aussi tragique, héros de la pièce du même nom. Il incarnait le Canadien français, orphelin défavorisé et rebelle, dans lequel la communauté devait se reconnaître.

Tit-Coc a d’ailleurs ouvert la voie à une dramaturgie nationale spécifique. Gratien Jelinus confirme cette tendance dans son discours à l’Université de Montréal, qui lui décerne un doctorat honorifique en 1949. Ce héros populaire ouvre la voie au « théâtre québécois » et à l’utilisation du jargon comme nouvelle langue littéraire authentique.

Théâtre populaire et classique

Ainsi, comme nous pouvons le constater, la vie théâtrale du Canada francophone s’est enrichie et diversifiée, donnant lieu aux premières réflexions théoriques et aux premières œuvres authentiques et originales. Ce grand bond en avant qualitatif s’est produit précisément dans les années 1940 et 1950. En effet, on a alors assisté à la création massive de nouvelles scènes et de nouvelles troupes. Parallèlement, la stabilité institutionnelle s’est renforcée grâce à une professionnalisation progressive.

D’un côté, il s’agissait de « théâtres de poche », de petites scènes expérimentales. Mais il y en avait aussi de beaucoup plus grands, qui ont assuré le grand succès du théâtre montréalais dès les années 1960 et 1970. Mais c’est une tout autre histoire.

Sources :

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