Pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire entre 1939 et 1945, la prohibition de la vente d’alcool n’était pas en vigueur à Montréal, car le Canada n’a pas suivi l’exemple des États-Unis, qui ont connu une telle période de 1920 à 1933. Ainsi, la vente et la consommation d’alcool étaient autorisées, et même plus, car les combats en Europe et dans le théâtre pacifique des opérations militaires ne semblaient pas avoir d’influence particulière sur la fabrication et la consommation d’alcool. Mais pour en savoir plus sur la manière dont et qui produisait des boissons alcoolisées à Montréal, et sur la demande en alcool fort pendant la guerre, rendez-vous sur imontreal.net.
L’impact de la prohibition

Pour mieux comprendre comment et pourquoi l’histoire de l’alcool à Montréal s’est développée ainsi et pas autrement, voici un peu d’histoire. À partir des années 1920, le contraste entre la réglementation québécoise et américaine en matière d’alcool a relancé l’économie de Montréal, mais aussi le commerce illégal. Il s’agit de la prohibition, instaurée aux États-Unis en 1920. Comme on le sait, elle a duré plus de dix ans, jusqu’en 1933.
À la même époque, Montréal, en tant que principale ville portuaire et ferroviaire, étant l’un des plus grands centres de transport de personnes et de marchandises en Amérique du Nord, ne pouvait manquer de profiter de cette situation. Bénéficiant en outre d’une situation géographique favorable au commerce, la ville est devenue le principal point d’entrée pour le commerce illégal de toutes sortes d’alcools.

Après le début de la Seconde Guerre mondiale, la situation n’a guère changé. Pendant et après le conflit, la consommation d’alcool a connu une croissance constante, ce qui a suscité l’inquiétude des autorités religieuses et médicales. L’augmentation de l’alcoolisme et ses conséquences pour les familles ouvrières ont provoqué une vive agitation. On a observé des cas de violence, de destruction de familles et de négligence parentale.
Dans ce contexte, les organisations publiques ont appelé à une application plus stricte des règles en vigueur. L’apparition à cette époque d’un nouveau type d’établissement où se réunissaient généralement des jeunes hommes et femmes pour boire sans distinction d’heure et sans aucune surveillance a même provoqué une légère panique parmi les représentants des autorités municipales. Il s’agit des « grills ».
D’une manière générale, il faut dire que pendant la Seconde Guerre mondiale, les normes morales de la société canadienne ont été mises à rude épreuve. En effet, à Montréal, comme dans d’autres grandes villes du pays, le travail des entreprises pour les besoins de la guerre a conduit à la reprise de la prospérité économique, à l’augmentation de la migration vers les grands et même les petits centres urbains, ainsi qu’à une période d’effervescence sociale et culturelle.
Tout d’abord, la guerre a provoqué un afflux massif de milliers de jeunes hommes et femmes vers les institutions militaires canadiennes. Mais l’ennui régnait généralement dans les bases militaires, et la brièveté des congés, la culture militaire et le désir des jeunes de vivre des expériences psychologiques intenses ont favorisé la débauche sous toutes ses formes. Les jeux d’argent, la débauche, la prostitution et la consommation d’alcool se sont rapidement répandus dans toute la province, et Montréal n’a bien sûr pas fait exception.
Producteurs d’alcool

Ainsi, comme nous pouvons le constater, malgré la guerre, le nombre de personnes désireuses de boire à Montréal n’a pas diminué. La question était donc uniquement celle de la disponibilité de l’argent et de l’alcool. Mais qui étaient ces personnes remarquables qui fabriquaient des boissons alcoolisées dans la métropole, même pendant la guerre ? La société Seagram Company Limited, plus connue sous le nom de Seagram, est devenue le plus grand distributeur et producteur mondial de spiritueux distillés.
Son siège social était situé à Montréal. Les origines de Seagram remontent à une ancienne distillerie fondée en 1857. Elle était dirigée par les Bronfman, qui ont révolutionné le marketing des boissons alcoolisées en commençant à vendre leurs produits en bouteilles. À l’époque, la plupart des distilleries américaines livraient leur whisky en fûts, ce qui permettait souvent de modifier la composition de la boisson. On ajoutait du jus, du caramel ou on le mélangeait avec d’autres whiskys.
Mais la mise en bouteille de la boisson était en quelque sorte un moyen de fidéliser les consommateurs grâce à une production toujours de qualité. C’est cette pratique qui est devenue au fil du temps la norme dans l’industrie. À la fin de 1936, le chiffre d’affaires de Seagram atteignait 60 millions de dollars sur le marché américain et 10 millions de dollars au Canada.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, la situation n’a pas changé. La société Seagram a connu une croissance rapide, à un rythme effréné. Elle a racheté d’autres distilleries et s’est diversifiée dans l’industrie vinicole. Ainsi, au cours de la deuxième année de la guerre, en 1941, Seagram a racheté Browne Vintners, qui appartenait en partie à Barton & Guestier. C’est pendant la Seconde Guerre mondiale que Seagram a importé du rhum de Porto Rico et de la Jamaïque, ce qui a conduit à l’acquisition de distilleries caribéennes produisant les rhums Captain Morgan, Myers’s, Wood’s et Trelawny.
En 1948, le chiffre d’affaires total de Seagram dépassait les 438 millions de dollars et ses bénéfices atteignaient 53,7 millions de dollars. L’année suivante, Seagram acquit la distillerie Chivas à Aberdeen, en Écosse, productrice du whisky écossais Chivas Regal. Dans les années 1950, Samuel Bronfman a orienté Seagram dans une direction complètement différente, en investissant dans une compagnie pétrolière, mais c’est une toute autre histoire.
Police des alcools

Si quelqu’un a l’impression que Montréal était une ville où tout était permis à l’époque, il se trompe. En effet, malgré la situation qui prévalait pendant la Seconde Guerre mondiale dans les relations entre les citadins et l’alcool, les autorités, en particulier les autorités locales, ont tenté d’influencer la situation. Elles ont d’ailleurs exercé cette influence bien avant le début de la guerre. On peut citer comme exemple la création de la police des alcools.
On sait qu’avant même la création de la Société des alcools du Québec, Montréal disposait de ses propres forces de police provinciales, telles que la Sûreté provinciale et la Patrouille routière, qui avaient pour mission de lutter contre la contrebande d’alcool fort. Mais le gouvernement de l’époque, dirigé par Louis-Alexandre Tascherot, a créé la police des alcools, en lui conférant des pouvoirs très précis. Cet organisme était responsable et supervisait tout ce qui était directement ou indirectement lié à la distribution, à la production et à la vente de produits alcoolisés au Québec.
Outre ce programme de grande envergure, il était prévu de mettre fin à la contrebande. C’est pourquoi, compte tenu des tâches qui lui étaient assignées, l’effectif initial de la police des alcools pouvait sembler assez modeste : 35 inspecteurs pour tout le Québec.
Et bien que, après l’abrogation de la loi sur la prohibition aux États-Unis dans les années 1930, la contrebande d’alcool ait considérablement diminué, elle a connu un dernier pic pendant la Seconde Guerre mondiale.
La dernière vague de contrebande

Les distilleries fonctionnaient à plein régime, mais l’alcool était utilisé pour la fabrication de certaines munitions, de peinture ou d’instruments médicaux. Il n’en restait donc pas beaucoup pour la consommation. Les succursales de la Commission des ventes d’alcool le vendaient parfois, voire le liquidaient avant la fermeture des marchés. De plus, l’alcool était rationné. Pour en obtenir, il fallait des coupons, et chaque personne n’avait droit qu’à une quantité limitée d’onces par semaine.
Dans ce contexte, la contrebande a repris, entraînant une nouvelle vague de saisies et d’arrestations. À la fin des années 1940, la police des alcools comptait plus de 250 agents et plusieurs divisions régionales. Elle était à l’apogée de son importance. Mais à cette époque, sa pertinence avait déjà commencé à décliner. En fin de compte, à la veille du début de la Révolution tranquille dans les années 1960, la police des alcools a été supprimée et ses agents ont été intégrés au Service de sécurité du Québec.
Sources :